Disparition d'Aimé Césaire, Chantre de la Négritude
L’Association « Tou(te)s Président(e)s ! » tient à rendre hommage au Chantre de la Négritude, Aimé Césaire, disparu le 17 avril dernier.
Né à Basse Pointe (Martinique) le 26 juin 1913 d’un père fonctionnaire et d’une mère couturière, Aimé Césaire grandit dans une famille modeste de sept enfants. Son grand père fut le premier enseignant noir de la Martinique et sa grand-mère lui apprit à lire et à écrire.
Elève brillant du Lycée Schœlcher de Fort-de-France, il poursuit ses études secondaires en tant que boursier du gouvernement français au Lycée Louis Le Grand, à Paris où dès son arrivée il rencontre Léopold Sédar Senghor. De quelques années son ainé, celui ci le prend sous son aile protectrice. Au contact des jeunes Africains étudiants à Paris, Aimé Césaire et son ami guyanais Léon Gontran Damas, qu'il connaît depuis le Lycée Schœlcher, découvrent progressivement une part refoulée de l'identité martiniquaise, la composante africaine dont ils prennent progressivement conscience au fur et à mesure qu'émerge une conscience forte de la situation coloniale.
En septembre 1934, Césaire fonde, avec d'autres étudiants antillo-guyanais et africains (Léon Gontran Damas, les sénégalais Léopold Sédar Senghor et Birago Diop), le journal L'Étudiant noir. C'est dans les pages de cette revue qu'apparaîtra pour la première fois le terme de «Négritude». Ce concept, forgé par Aimé Césaire en réaction à l'oppression culturelle du système colonial français, vise à rejeter d'une part le projet français d'assimilation culturelle et d'autre part la dévalorisation de l'Afrique et de sa culture, des références que le jeune auteur et ses camarades mettent à l'honneur. Construit contre le projet colonial français, le projet de la négritude est plus culturel que politique. Il s'agit, au delà d'une vision partisane et raciale du monde, d'un humanisme actif et concret, à destination des tous les opprimés de la planète. Césaire déclare en effet : « Je suis de la race de ceux qu'on opprime ».
Cahier d'un retour au pays natal (1939) :
« ô lumière amicale
ô fraîche source de la lumière
ceux qui n'ont inventé ni la poudre ni la boussole
ceux qui n'ont jamais su dompter la vapeur ni l'électricité
ceux qui n'ont exploré ni les mers ni le ciel
mais ceux sans qui la terre ne serait pas la terre
gibbosité d'autant plus bienfaisante que la terre déserte
davantage la terre
silo où se préserve et mûrit ce que la terre a de plus terre
ma négritude n'est pas une pierre, sa surdité ruée contre la clameur du jour
ma négritude n'est pas une taie d'eau morte sur l'œil mort de la terre
ma négritude n'est ni une tour ni une cathédrale
elle plonge dans la chair rouge du sol
elle plonge dans la chair ardente du ciel
elle troue l'accablement opaque de sa droite patience.
Eia pour le Kaïlcédrat royal !
Eia pour ceux qui n'ont jamais rien inventé
pour ceux qui n'ont jamais rien exploré
pour ceux qui n'ont jamais rien dompté »
Surnommé « le nègre fondamental », il influencera des auteurs tels que Frantz Fanon, Edouard Glissant (qui ont été élèves de Césaire au lycée Schoelcher), le guadeloupéen Daniel Maximin et bien d'autres. Sa pensée et sa poésie ont également nettement marqué les intellectuels africains et noirs américains en lutte contre la colonisation et l'acculturation. Mais son Discours du colonialisme (paru en 1950) fut pour la première fois au programme du baccalauréat littéraire français en 1994, avec le Cahier d'un retour au pays natal (paru en 1939).
Egalement homme politique, Césaire a siégé à l'Assemblée Nationale comme non inscrit de 1958 à 1978, puis comme apparenté socialiste de 1978 à 1993 et restera maire de Fort-de-France jusqu'en 2001.
Afin de faire connaître davantage l’œuvre de celui qui lutta contre l’oppression et les discriminations du peuple noir, un hommage sera organisé dans le courant de l’année.
***************
« Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n'ont point de bouche, ma voix, la liberté de celles qui s'affaissent au cachot du désespoir. »(Cahier d'un retour au pays natal )